Lettre n° 38  du ME62 
janvier  2020








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N° 38 Janvier 2020

L’Europe sans le Royaume-Uni

En 2016 52% des Britanniques ont voté par référendum pour quitter l’Union européenne. Le 12 décembre, ils ont voté à 53% pour les partis favorables à un second référendum. Mais le mode de scrutin des élections législatives est brutal (uninominal à un tour par circonscription). Les « Brexiters » (Conservateurs et Parti du Brexit) n’ont présenté qu’un candidat par circonscription, tandis les partis du « Remain », (Travaillistes, Libéraux-démocrates et Verts) ont chacun présenté un candidat. Le résultat est une majorité absolue au Parti conservateur. L’affaire est donc entendue. Le Royaume-Uni quittera l’Union, en principe au 31 janvier 2020.
C’est à la fois un soulagement après 3 ans d’atermoiements et un sujet d’inquiétude.

A la demande du Royaume-Uni, l’UE a accepté une période transitoire jusqu’en décembre 2020, pour permettre la négociation des « relations futures » entre le R-U et l’UE. Durant cette période les règles européennes s’appliquent au Royaume-Uni, mais celui-ci ne fait plus partie des institutions européennes. Boris Johnson a exclus, dans la loi de retrait de l’Union européenne, toute demande de prolongation de ce délai. Il promet de négocier un accord avant fin 2020, ce qui est peu réaliste. Un accord de libre-échange met en général de 5 à 7 ans à se négocier. Les risques sont, soit d’un accord minimal, qui laisse de multiples problèmes en suspens, soit d’une sortie sans accord au 31 décembre.

Quelles seront ces « relations futures » ? L’accord de retrait prévoit un accord de libre-échange ambitieux. Il affirme que des engagements solides devraient garantir « une concurrence ouverte et loyale." Mais deux éléments, présents dans l’accord négocié par Theresa May, ont disparu dans celui négocié par Boris Johnson : un droit de véto des parlementaires britanniques sur le mandat de négociation donné au Premier ministre, et la clause de « non-régression » qui assurait que les droits des travailleurs au Royaume-Uni après le Brexit ne pourraient pas être moins avantageux que ceux proposés par l’Union.

Deux orientations sont possibles sans que l’on connaisse les intentions de Boris Johnson.

Soit, malgré ses déclarations tonitruantes anti-européennes, il se montre pragmatique et un accord de libre-échange voit le jour, où les marchandises seront contrôlées, mais où les normes techniques, sociales, environnementales européennes seront maintenues, pour faciliter les échanges. Un accord où des coopérations sont maintenues en matière militaire, d’échanges de jeunes, de recherche, de politiques industrielles.

Soit, cédant aux ultra-Brexiters et aux sirènes de Donald Trump, le R-U veut garder toute liberté en matière de normes et de fiscalité, ce qui est inacceptable pour l’UE. Cela reviendrait à avoir un voisin pratiquant le dumping social, écologique, fiscal. C’est le scénario de « Singapour sur Manche »

L’Union européenne sans le Royaume-Uni sera affaiblie : elle perdra 13% de sa population, un de ses deux pays possédant une puissance militaire et un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations-Unies. Quant à son poids économique, il dépendra des accords sur les « relations futures »
Le départ du Royaume-Uni va en outre compliquer la gouvernance de l’Union. Les « Grands pays » (+ de 10% de la population de l’Union) : Allemagne, France, Italie, Espagne ne représenteront plus que 50% de la population. Des élargissements aux pays des Balkans augmenteraient encore le poids de « petits pays » et accroitraient ces difficultés.

A l’heure où les grands défis – climat, environnement, technologies, défense, migrations – nécessitent une Europe puissante, l’Union perd avec le Royaume-Uni, de son poids et de sa cohésion. C’est l’objet de la « Conférence sur le futur de l’Union » qui s’ouvrira en janvier, de trouver les moyens pour renforcer ses institutions et les moyens pour faire face à l’avenir.

François Vié, président du ME62