Lettre n° 41  du ME62 
avril  2020








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n° 41  mars  2020         L’Europe face au virus




Face à l’épidémie, les pays européens agissent en ordre dispersé, adoptant des mesures plus ou moins drastiques de confinement, de dépistage, de fermeture des frontières nationales, d’interdiction d’exportation de matériel médical ou d'importation de matériel. La question se pose inévitablement : que fait l’Union européenne ?

L’Union, en matière de santé publique a des compétences limitées. Par contre l'Union dispose de leviers, qui peuvent être actionnés, s'agissant d'une crise à gérer dans l'urgence, qui relève de la protection civile: clause de solidarité, mécanisme européen de protection civile, adaptation aux crises de la libre circulation des personnes et de celle des matériels sanitaires, instruments financiers, moyens militaires.
L'Europe peut faire plus et plus vite, mais, en deux semaines de nombreuses décisions ont été prises.

La Commission coordonne quotidiennement les services de santé nationaux. On constate que progressivement, au fur et à mesure de l’avancement de l’épidémie, les pays membres adoptent des mesures similaires de confinement. 140 millions d’€ ont été mobilisés pour des recherches sur le vaccin, le diagnostic et le traitement, ainsi que 164 millions d'€ pour les PME et les jeunes entreprises en vue de solutions innovantes contre l'épidémie. Un inventaire des équipements de protection et d’équipements respiratoires est en cours. Les restrictions aux exportations de matériel médical sont interdites. Pour soutenir l'économie, les garanties de prêts aux entreprises par les Etats, sont désormais autorisées à hauteur de 300 milliards d'€. Une initiative d'investissement de 37 milliards d’euros, est mise en place pour apporter de la liquidité aux petites entreprises et au secteur des soins de santé. Jusqu'à 800 millions d'€, issus du Fonds de solidarité de l'UE, doivent être dirigés vers les les pays les plus durement touchés.

Le Conseil européen a décidé d’autoriser la fermeture des frontières extérieures aux non-résidents européens pendant 30 jours. Les Etats membres qui ont fermé leurs frontières nationales, doivent accepter le franchissement de travailleurs transfrontaliers et des marchandises. 50 milliards de commandes de matériel de protection sont commandés avec le concours de 24 Etats membres pour créer une "réserve stratégique de matériels médicaux". Les coûts de la lutte contre le coronavirus seront financés par les politiques de cohésion. L'application du Pacte de stabilité qui limite les déficits nationaux à 3% du PIB est suspendue.

Le Parlement européen s’est réuni en session extraordinaire à Bruxelles le 26 mars pour voter l'initiative d'investissement de 37 milliards d'€, l'extension du champ d'application du Fonds de solidarité de l'UE dans le but de couvrir les urgences de santé publique, la fin des vols "fantômes" causés par l'épidémie de COVID-19.

L'arrêt de l'économie dû à la crise sanitaire fait craindre une crise économique plus grave que celle de 2008. La BCE, d’un commun accord avec les autres banques centrales, a pris des mesures pour assurer aux banques et aux entreprises les liquidités indispensables à leur trésorerie. Christine Lagarde a annoncé un "programme de rachat d'urgence pandémique" de 750 milliards d’euros. Il consistera à racheter la dette des Etats et des entreprises de la zone euro afin de garantir leur crédibilité auprès des banques et des marchés. Cette aide pourra être modulée pour bénéficier aux pays les plus touchés.

Deux outils massifs sont envisagés pour contrer la crise annoncée: l'utilisation du Mécanisme européen de stabilité, capable de mobiliser 700 milliards d’€, et l'émission d'obligations européennes par la Banque européenne d'investissement (BEI) Sur ces sujets, l'opposition entre pays du sud et du nord demeure. Le Conseil européen du 26 mars n'a pas trouvé d'accord et renvoie les décisions à 15 jours. Christine Lagarde s'est déclarée favorable à l'émission d'obligations européennes.

Après les chocs des crises économique de 2018 et migratoire de 2015, avant celle du changement climatique, l'Union européenne est face à une crise majeure. Quels en seront les impacts sur la cohésion politique de l'Union, son budget, ses nouvelles priorités, l'Espace Schengen, sa politique industrielle, les libertés publiques, les rapports géopolitique de l'Union avec le reste du monde ?

L’Union européenne agit.

Les Etats membres ont pris conscience des enjeux. De leur solidarité dépendra la capacité de l'Europe à les surmonter.
 

François Vié, président du ME62